La prise en charge de la femme enceinte doit idéalement se faire AVANT la grossesse. La plupart des grossesses débutent dans un corps en équilibre précaire. Nous pouvons considérer la grossesse comme un état de déséquilibre en équilibre: explications …
La prise en charge de la femme enceinte est complexe en raison de l’interaction des différents systèmes corporels. Le rôle de l’ostéopathe pendant ces neufs mois sera d’ajuster au mieux le corps afin que la grossesse se déroule dans les meilleurs conditions possible.
Tout d’abord, l’Ostéopathie ne se substitue pas au suivi médical obstétrical. Elle intervient en complément, sur prescription ou avec l’accord du médecin ou de la sage-femme. Les motifs les plus courants sont :
A. Les lombalgies et douleurs du bassin
C’est le motif numéro un.
La douleur siège souvent:
La lombalgie commune : douleur mécanique, plutôt au niveau des vertèbres lombaires.
La douleur de la ceinture pelvienne : douleur latéralisée souvent à distance de la colonne vertébrale, souvent très invalidante, parfois associée à une douleur de la région pubienne ou à une irradiation dans l’arrière de la cuisse.
B. La symphysite (douleur pubienne)
Douleur localisée sur l’os pubien, à l’avant du bassin. Elle est souvent déclenchée par la montée des escaliers, le fait d’écarter les jambes (sortir de la voiture) ou de se lever sur une seule jambe. Une sensation d’instabilité du bassin est parfois évoquée. Cette douleur, parfois très handicapante, répond particulièrement bien à la prise en charge ostéopathique.
C. Les troubles digestifs fonctionnels
Constipation, ballonnements, remontées acides ou sensation de lourdeur après les repas. L’espace dans l’abdomen devient de plus en plus restreint. L’ostéopathe avec des techniques viscérales adaptées et très douces, peut aider à libérer les tensions sur les différents organes digestifs (estomac, foie, intestin grêle, côlon, …).
D. Les douleurs de la ceinture scapulaire et des membres supérieurs
Avec la prise de poids, la femme enceinte a tendance à s’arrondir en avant et à rentrer les épaules. Cela peut générer des douleurs entre les omoplates, dans le cou, ou des syndromes de canal carpien (fourmillements dans les mains) très fréquents au troisième trimestre en raison de la rétention d’eau et de la compression nerveuse.
E. Le stress, l’anxiété et l’épuisement
La grossesse est aussi une aventure psychologique. L’Ostéopathie, par son action sur le système nerveux autonome (via le crâne, le nerf vague et le diaphragme), peut avoir un effet profondément régulateur. De nombreuses femmes rapportent un meilleur sommeil et une baisse de l’anxiété après quelques séances.
L’un des objectifs de prise en charge de la femme enceinte au cours du premier trimestre sera d’optimiser les régulations du système nerveux autonome pour rétablir les processus physiologiques. Les deux systèmes (ortho sympathique et parasympathique), sont interdépendants, synergiques et complémentaires. Ils s’équilibrent en permanence.
Au cours de cette période, il existe une stimulation trop importante du système nerveux parasympathique. Cela se traduit par une production hormonale plus importante qu’en temps normal, à l’origine d’un dystonie viscérale ou symptômes du premier trimestre: nausées, vomissements, tensions ligamentaires, irritabilité et émotivité. En équilibrant ces deux systèmes, l’ostéopathe aidera la patiente à réguler cet équilibre et limitera l’apparition des signes décrits.
Dystonie neurovégétative: nausées, vomissements
Lombalgie préexistante (cf article lombalgie chez la femme enceinte).
Digestion (transit ralentit).
Sciatalgie (cf article sciatalgie).
C’est la période la plus délicate. L’embryon puis le fœtus s’implantent, et le risque de fausse couche spontanée est maximal (même s’il n’est pas lié à l’Ostéopathie, les praticiens prudents évitent toute manipulation qui pourrait être mise en cause). En pratique :
On évite les manipulations vertébrales énergiques.
On travaille en position couchée sur le dos ou sur le côté avec des coussins d’allaitement.
On privilégie les techniques myofasciales douces, crâniennes, et le travail sur les membres (épaules, jambes).
Durant cette période, l’utérus prend de la hauteur … en effet, il passe de 16 à 26cm en moyenne. Lors de cette progression du foetus vers le haut et vers l’avant dans la cavité pelvienne, l’utérus chasse les organes (intestin grêle, colon, diaphragme, foie, pancréas et reins) de part et d’autres. De plus, le placenta délivre massivement de la progestérone dans l’organisme maternel.
De plus, l’utérus lui même, subit un étirement de ses principaux ligaments (larges, utéro-sacré et ronds) entrainant de mulitples tensions ligamentaires. Cela a pour conséquences l’apparition d’un inconfort ou de douleurs dans la région du petit bassin. Enfin, une instabilité osseuse est accentuée pouvant elle aussi provoquer une adaptation de la posture et parfois des douleurs.
La placenta lui, fixé à l’endomètre de l’utérus, qui a pour rôle la nutrition indispensable à la croissance foetale. C’est par lui que les échanges entre la mère et le foetus se font.
Les déséquilibres et les adaptations que le changement de posture entraine peut avoir des conséquences sur la mobilité vertébrale. Une mobilité viscérale perturbée peut avoir un impact majeur sur les réponses entre les viscères et les zones vertébrales. Ceci peut être à l’origine de douleurs à distance des viscères notamment dans la zone thoracique et lombaire.
De par sa position anatomique, la mobilité de l’estomac est directement limitée par le diaphragme. La progestérone, provoque un relachement des sphincters gastrique à l’origine de reflux-gastro-oesophagiens (RGO) ou encore de pyrosis (inflammation de la muqueuse de l’estomac).
L’un des marqueurs de l’atteinte des voies digestives est le prurit (démangeaisons). Il s’observe généralement vers la fin du 2ème et le début du 3ème trimestre et se localise principalement au niveau du tronc et des membres inférieurs. Si ces symptômes apparaissent, il est fortement conseillé de consulter son médecin traitant rapidement. Une autre cause de prurit, moins grave, est l’éruption polymorphe de grossesse (EPG). Ceci est la réponse inflammatoire du corps à un étirement rapide et tardif de la paroi abdominale.
La pathologie fréquente lors de la grossesse lié à cet organe est le diabète gestationnel. En effet, cet organe est repoussé en arrière dans l’abdomen et peut subir un blocage mécanique entrainant une réponse inadaptée et donc pathologique.
Lors de cette période, le travail des reins va être fortement augmenté. Cela pouvant être à l’origine d’une hypertension rénale. De plus,la progéstérone entraine une dilatation des reins et un relâchement des muscles vésicaux pouvant être à l’origine d’une hypotonie vésicale. Cela peut avoir comme conséquence une stase urinaire et donc des infections (cystite ou pyélonéphrite).
C’est la « lune de miel » de la grossesse, souvent la période la plus confortable. Le risque de fausse couche diminue, et la femme est plus mobile. L’ostéopathe peut travailler plus activement :
Techniques viscérales douces sur l’estomac et le côlon.
Travail du bassin et des sacro-iliaques.
Techniques de posture sur table avec des réhausseurs ou des coussins pour éviter la compression de la veine cave (éviter la position prolongée allongée sur le dos au-delà de 20 semaines).
À ce stade, on peut aussi commencer à préparer le bassin à l’accouchement en travaillant la mobilité des articulations sacro-iliaques et de la symphyse pubienne.
Le développement du foetus et la modification de la posture, entraine la femme enceinte vers l’avant. Pour adapter cette position, la femme enceinte va adopter une position en ouvrant l’espace entre ses jambes pour augmenter sa stabilité et en se projetant vers l’arrière. Les courbures rachidiennes s’accentuent et cela peut entrainer des lombalgies (femme enceinte et lombalgie), des sciatalgies (sciatalgie et ostéopathie), ou d’autres adaptations à l’origine de douleurs. Si ces pertes de mobilité ne sont pas prises en charges et traitées, des adaptations articulaires multiples avec des conséquences sur les viscères et les fascias s’installeront.
Il s’agit de l’apparition de contractions utérines douloureuses rapprochées et persistantes. Cela va entrainer une modification du col de l’utérus. Elle se produisent avant la 37ème SA. Sans intervention médicale, un accouhement prématuré est à craindre !
Ceci est entrainé par la stimulation d’hormones de manière trop précoces et accompagné de stimulations du système nerveux de manière trop importante. Il existe en amont, souvent, des douleurs dorsales ou lombaires associées. C’est pour cela qu’une douleur lors de la grossesse est un signal à prendre au sérieux. Le potentiel de la prise en charge ostéopathie quant à la prévention de cette pathologie semble évident.
Le ventre est volumineux, les contraintes mécaniques sont maximales. Les douleurs pelviennes et lombaires sont fréquentes. L’ostéopathe adapte sa pratique :
Travail presque exclusif en décubitus latéral (sur le côté) ou en position assise.
Techniques très douces sur le détroit supérieur (ouverture du bassin) pour préparer au passage de la tête fœtale.
Libération des tensions du diaphragme et la mobilité de la cage thoracique pour améliorer la mécanique respiratoire.
Travail des membres inférieurs pour réduire les œdèmes et les jambes lourdes.
Longtemps reposant sur des empirismes cliniques, l’ostéopathie périnatale bénéficie depuis quelques années d’un nombre croissant d’études observationnelles et randomisées.
Sur les lombalgies et douleurs pelviennes
Une revue systématique de 2021 (publiée dans le Journal of Manual & Manipulative Therapy) a analysé sept essais contrôlés randomisés. La conclusion : les techniques ostéopathiques (manipulations douces, travail myofascial, techniques énergétiques musculaires) réduisent significativement l’intensité des douleurs lombaires et pelviennes chez la femme enceinte, avec un effet persistant plusieurs semaines après la fin des séances. L’amélioration moyenne sur l’échelle visuelle analogique (EVA) est de 2 à 3 points, ce qui correspond à un bénéfice cliniquement pertinent.
Sur la préparation à l’accouchement
Une étude observationnelle française de 2018 a suivi 150 femmes ayant bénéficié d’un suivi ostéopathique mensuel à partir du cinquième mois, comparées à un groupe témoin. Résultats :
Durée moyenne du travail réduite de 15 % dans le groupe ostéopathie.
Recours à la péridurale légèrement diminué (non significatif statistiquement, mais tendance favorable).
Meilleur vécu subjectif de l’accouchement (questionnaires de satisfaction).
Sur la récupération post-partum
L’ostéopathie ne s’arrête pas à l’accouchement. Dans les semaines qui suivent, les séances permettent de :
Rééquilibrer le bassin après le traumatisme de l’expulsion.
Traiter les douleurs liées à l’épisiotomie ou à la césarienne (travail des cicatrices et des adhérences).
Soulager les douleurs de l’allaitement (nuque, épaules, dos liés à la position statique prolongée).
À quel rythme consulter ? Un rythme courant est une séance par trimestre (soit trois séances pendant la grossesse), avec éventuellement un suivi plus soutenu en cas de douleurs invalidantes. Une séance de préparation à l’accouchement vers 36-37 semaines est souvent recommandée pour optimiser la mobilité du bassin.
Quand commencer ? Dès le deuxième trimestre, voire avant la grossesse (préconceptionnel), pour traiter d’éventuels déséquilibres préexistants (antéversion du bassin, scoliose légère, etc.) et préparer le terrain.
Combien de séances post-partum ? Au moins une séance entre la 6e et la 8e semaine après l’accouchement, après l’avis du médecin ou de la sage-femme. En cas de césarienne, le travail sur la cicatrice peut débuter dès que celle-ci est bien cicatrisée.
Quels signes doivent alerter et faire consulter en urgence un médecin ? Tout saignement, perte de liquide amniotique, contractions régulières avant 37 semaines, fièvre inexpliquée, douleur brutale et intense, ou diminution des mouvements actifs du bébé. Dans ces cas : appelez immédiatement à la maternité ou aux urgences obstétricales.
La grossesse n’est pas une simple attente. C’est une période de bouleversements intenses où le corps accomplit un véritable exploit physiologique et mécanique. Pourtant, trop de femmes se résignent encore aux douleurs, aux nuits blanches et à l’inconfort, parce qu’on leur a dit que « c’est normal ».
L’Ostéopathie ne promet pas de supprimer toutes les gênes, ni de transformer chaque grossesse en promenade de santé. Mais elle propose une chose précieuse : un accompagnement respectueux, personnalisé, non médicamenteux, qui écoute les signaux du corps et l’aide à s’adapter. Elle redonne à la future mère un sentiment d’action et de confiance dans son propre corps — peut-être la plus belle des préparations à l’accouchement.
Si vous êtes enceinte et que vous souffrez, ne restez pas isolée. Parlez-en à votre médecin ou à votre sage-femme. Et si l’ostéopathie vous est proposée, tentez l’expérience. Ce ne sont que des mains douces sur un corps qui en a bien besoin. Mais parfois, ces mains-là changent tout.
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